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J-5

Pour la première fois depuis le début de ma grossesse, une pointe de sérénité fait surface dans ma vie. Nous sommes le 15 juillet au matin, un soleil radieux baigne la chambre d’une lumière blanche et j’ai enfin l’impression que certaines choses rentrent “dans l’ordre”.

D. est plus attentif à ce qui se passe autour de lui (est-ce nos récentes “mises au point” ?) et réalise sans doute un peu plus qu’il va être papa…

Ma pougne est épanouie. Bien sûr il y a la fatigue du centre de loisirs (mais elle ne veut pas nous quitter d’une semelle ces temps-ci, pourquoi aller contre ?), il y a ce petit frère qui va arriver et c’est un peu inquiétant, bien sûr il y a cette maison inconnue, mais il y a aussi, tout au fond, enfin un sentiment de sécurité, la certitude d’appartenir à une famille, à un tout, qui oeuvre dans le bon sens, celui du bien être, de la complicité, de l’amour tout simplement.

Les choses pratiques se règlent petit à petit : nous signons (enfin !) le 29, bébé ne PEUT plus trop tarder à arriver (son prénom est même arrêté !), les cartons sont faits, les inscriptions bouclées… restent un déménagement, un peu de camping sans meubles, des résiliations et réabonnements, un été que nous ne verrons pas passer mais dont nous allons essayer de profiter tout de même !

J-18 : exhaustion

9th month + 13 kgs
First I shouldn’t have worked so long. Should have stopped earlier and got some rest.
Then on my first week off, there was this earache (couldn’t sleep for 3 days, wanted to tear my ear and burn it), followed by a short but painful urinary infection. 8 days of antibiotics. Still haven’t recover all of my left ear.
Now there’s the heat, the lack of support from D. who continues spending his spare time in parties, trips and so on. And this community migration that still provokes a lot of debates and make me realize how selfish the world can be. To exhaustion, I’ll add deception. Abyssal and everlasting.

Bonjour tristesse

Tristesse et solitude, deux amies de longue date maintenant.

Tristesse de quitter le boulot, où les collègues se sont transformés petit à petit en copains puis en amis. Tristesse d’admettre que tout ça va continuer (et bien continuer) sans moi. Tristesse de voir que tout le monde s’en fout de ce que je peux bien ressentir aujourd’hui.

Solitude de porter l’enfant d’un égoïste qui n’a jamais une pensée, un regard ou un geste pour les autres, encore moins pour moi. Solitude des petits oublis maladroits et involontaires des uns et des autres mais qui, accumulés ainsi, me font douter de tout.

Tristesse et peur de changer de vie bientôt, tout plaquer, tout recommencer. Quitter Paris, MON appart, celui qui a connu toute ma vie adulte, mes plus grandes joies, mes plus grandes peines, celui qui m’a rendue autonome… Montage d’une boite, leçons de piano à queue, apprentissage de la vie à deux, rupture, nouvel amour, premier enfant, re-rupture, vélo bien avant le vélib, galères incommensurables mais des appuis, des amis et bientôt un autre enfant… un appart dans lequel maman m’aura vue installée, transformée en adulte qui a une boite à faire tourner et un loyer à payer. Tant de joies ici : une naissance, des anniversaires, des soirées, des nuits blanches de travail, des étés trop chauds, des hivers trop humides, des voisins trop bruyants…

Solitude des nuits à triturer trop de choses dans tous les sens, à faire des plans A, des plans B… des plans Z, nuits passées à faire face à mes angoisses les plus profondes, celles que personne ne connaît, ne suspecte ou ne partage, ou à évacuer ce putain de chagrin de ton absence qui ne tarit pas maman.

Solitude de n’avoir plus personne pour me dire que je fais les bons choix, ou les mauvais, avoir à décider seule et pour la pougne de ce que va être notre vie dans les années à venir, sans filet. Solitude physique tout simplement, manque d’entourage et quand je suis entourée solitude encore plus marquée par cet éternel décalage entre mes attentes envers les autres et leur attitude envers moi.

Tristesse enfin d’avoir bientôt à quitter S., cette femme qui m’a sauvé la vie plus d’une fois, sans forcément le savoir. Elle qui m’a appris à me respecter (un peu plus), à m’autoriser (un peu plus), à me libérer, à déculpabiliser (un peu). Il me semble aujourd’hui qu’en partant je vais me couper une jambe, que je vais vasciller et perdre l’équilibre pour de bon…

Ce soir j’ai un mal fou à croire que le meilleur est devant moi.

Merci

Merci à vous, chère inconnue, qui vous êtes retournée sur moi dans un couloir de métro alors que je pleurais à chaudes larmes en rejoignant ma correspondance.

Merci de vous être retournée sans hésitation et de m’avoir, d’un geste sûr, attirée dans vos bras solides et serrée contre vous très fort. Ce soudain contact avec une femme inconnue était pour moi d’une violence inouïe, et d’une immense tendresse, une tendresse fraternelle ou maternelle, viscérale. Une courte réconciliation avec l’humanité tout entière.

Merci de m’avoir laissée imbiber votre belle chemise parme… Merci d’avoir trouvé des mots simples et justes de réconfort… de m’avoir donné votre sourire complice.

Dans ce couloir glauque de la station Trocadéro, au milieu du tumulte de l’heure de pointe, merci d’avoir fait plus en trois minutes que mes proches durant ces huit derniers mois.

Ces petits oublis…

Ces petits oublis qui font si mal.

La semaine dernière, nous avions rendez-vous avec mon père pour déjeuner pas loin du boulot. L’un de nos derniers (et aussi premiers maintenant que j’y pense :)) déjeuners avant que j’accouche et que je déménage à 350km de Paris. 12h45, personne. Lui qui est si ponctuel.
Oubli.

Dimanche, enrhumée et un peu inquiète à l’idée que la varicelle de la pougne ne soit pas si anodine que ça pour mon 8e mois de grossesse, j’appelle mon amie de toujours (qui est sage-femme) pour qu’elle m’envoie une ordonnance pour taxo + CMV + varicelle, histoire de vérifier que tout va bien. On est vendredi et la boite aux lettres est vide.
Oubli.

Hier midi, entre deux réunions, j’avais rendez-vous avec S., ma psy. Je traverse tout Paris tant bien que mal (le métro commence à vraiment m’user), pour arriver devant sa porte close. Je glisse un mot sous la porte et m’en retourne au boulot, sous la pluie diluvienne. Rendez-vous pas noté.
Oubli.

La seule personne commune à ces trois situations : moi. Alors qu’est-ce qui fait qu’à un moment donné mon père, ma meilleure amie et ma psy arrivent à m’oublier ? Investigation en cours…

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