(se) perdre
September 13th, 2006 by itinerrance
… pas vraiment par hasard si je devais être honnête. Il était tard, “entre chien et loup” comme on dit, et je commençais à avoir du mal à conduire. La nuque raide, les yeux qui piquent, les phares qui trouent la nuit et ma rétine. L’instinct est tenace… ou bien ce sont les habitudes qui ne meurent jamais vraiment; j’ai pris la route qui me ferait passer par les étapes de mes anciennes vies. J’ai bravement évité le détour par la maison en briques rouges dans laquelle j’ai été si heureuse avec P. Je me suis contenté de ralentir au niveau de la sortie d’autoroute, d’ouvrir ma fenêtre en grand, “pour voir”… enfin pour sentir. Les parfums sucrés du lilas et du forsythia étaient bien là, comme au temps de notre rencontre, quand nous nous partagions encore entre Paris et la Picardie.
En quelques secondes, quelques mètres sur l’autoroute, les images d’un passé heureux ont défilé.
En ce temps là j’avais encore ma mère. Nous espérions chacune pour l’autre (moi pour sa santé, elle pour mon bonheur) et elle venait dans notre maison pour se mettre au vert et jardiner avec le petit.
En ce temps là j’étais amoureuse… comme je ne l’avais jamais été et comme je ne le serai sans doute jamais.
En ce temps là j’étais maman avant d’avoir un enfant, et l’enfant de P. était comme mon enfant.
En ce temps là j’étais encore moi : drôle, brillante et positive.
Quand me suis-je perdue ? Quand ai-je tout perdu ?