Mettre des mots sur les maux
April 28th, 2008 by itinerrance
J’écris plus souvent quand ça va mal… l’être humain est ainsi fait qu’il aime passer plus de temps à se plaindre qu’à décrire son fugitif bonheur. Je passe donc par ici pour déposer mes fardeaux, mes angoisses. Comme personne ne peut/veut les partager ou les entendre, c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour passer à autre chose : laisser une trace et poursuivre.
Un état d’âme récurrent : une profonde tristesse, un chagrin devrais-je dire, nourri de l’indifférence systématique de ceux qui m’entourent pour ce que je suis et ce que je peux ressentir. Parfois il est accentué par la perte de confiance en moi qu’il entraîne : suis-je une si mauvaise personne que cela pour que personne ne prenne le temps de me connaître vraiment ?
Mon père ne m’appelle jamais. Ne prend jamais de nouvelles de sa petite-fille. Ne rend jamais service (quand toutefois j’avais encore le cran de lui en demander) ou alors en râlant tellement que je me sens comme une merde…
Mon père qui, à la mort de ma mère (lorsqu’il a fallu payer tant de droits de succession), puis plus tard, m’avait assuré que je pourrais lui emprunter de l’argent pour acheter une maison, “lorsque tu auras un projet immobilier précis” et parce qu’il ne faut rien laisser à ces salauds de banquier ou à l’état”. Aujourd’hui que j’ai un projet immobilier précis, il n’y a plus personne et il faut soudainement que j’aille le voir, mon banquier. Ce n’est pas comme si je ne m’en doutais pas remarque… Il s’est remarié, il a plein de projets, il a besoin de son argent; je comprends et c’est normal. C’est juste qu’il fallait me prévenir. C’est juste que maintenant cette belle maison est devenue inaccessible.
Mon père, encore, qui proteste à l’idée d’avoir à venir faire quelques travaux dans cette future nouvelle maison (si compromise maintenant) : “tu crois que parce que je suis à la retraite, je n’ai que ça à faire ?”, “c’est drôlement loin chez toi en plus”. Et D. qui pour piquer sa fierté fait jouer la concurrence “bah mon père sera content lui de venir nous filer un coup de main, il est à la retraite en septembre et il attend ça avec impatience”… si c’était pour provoquer un sursaut de fierté paternelle c’est raté : “eh ben tu vois, t’as déjà de la main d’oeuvre”. http://wordpress.org/download/
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Mon père qui a peur de ma pougne. Qui ne veut pas la garder en vacances… parce qu’elle non plus ne veut pas rester (on comprend pourquoi)
J’aurais pu partir en vacances la semaine prochaine en lui demandant de venir nourrir les chats, mais je vais plutôt prendre mes chats sous le bras et tout embarquer dans la twingo : ma pougne, deux chats, les bagages et D et moi. Moins pratique mais je ne demande plus rien c’est fini.
Et puis il y a D. le rêveur. L’irresponsable. Lui qui croit que la vie ne nous réserve que du bon, que les imprévus n’arrivent qu’aux autres (et qui se trouve si démuni lorsque le sort le frappe), qui achète une maison comme on joue au poker (tapis !), qui vit toujours sans filet, qui ne voit ni n’entend jamais mes larmes (ou fait semblant ?). Lui qui au plus fort d’une de nos tourmentes n’a su ni que dire ni que faire, à part me prendre la main. Lui dont les maladresses orales n’ont d’égale que son inertie.
Et aujourd’hui quoi ? Je m’apprête à tout laisser tomber, amis, boulot, pour un crédit de 25 ans avec un rêveur qui ne plannifie ni n’anticipe jamais rien. Je suis sur le point de quitter tout pour m’installer loin d’un ersatz de famille qui se fout royalement de moi. Quel pari.
Je parie sur ma pougne. Je parie sur son rire qui résonne dans le jardin d’une belle maison, sur ses après-midis au poney-club avec de nouvelles copines, sur nos goûters tous les jours ensemble quand je pourrai travailler de la maison, sur des grands-parents adoptifs mais qui l’aiment comme elle le mérite et qui seront moins loin, sur un bout de patrimoine qu’elle aura enfin, même si sa part est réduite, je me dis que c’est toujours mieux que le rien d’en ce moment.
Allez, haut les coeurs ! De toute façon personne d’autre ne se battra pour que ce rêve se réalise alors passons à autre chose.