Bonjour tristesse
June 13th, 2008 by itinerrance
Tristesse et solitude, deux amies de longue date maintenant.
Tristesse de quitter le boulot, où les collègues se sont transformés petit à petit en copains puis en amis. Tristesse d’admettre que tout ça va continuer (et bien continuer) sans moi. Tristesse de voir que tout le monde s’en fout de ce que je peux bien ressentir aujourd’hui.
Solitude de porter l’enfant d’un égoïste qui n’a jamais une pensée, un regard ou un geste pour les autres, encore moins pour moi. Solitude des petits oublis maladroits et involontaires des uns et des autres mais qui, accumulés ainsi, me font douter de tout.
Tristesse et peur de changer de vie bientôt, tout plaquer, tout recommencer. Quitter Paris, MON appart, celui qui a connu toute ma vie adulte, mes plus grandes joies, mes plus grandes peines, celui qui m’a rendue autonome… Montage d’une boite, leçons de piano à queue, apprentissage de la vie à deux, rupture, nouvel amour, premier enfant, re-rupture, vélo bien avant le vélib, galères incommensurables mais des appuis, des amis et bientôt un autre enfant… un appart dans lequel maman m’aura vue installée, transformée en adulte qui a une boite à faire tourner et un loyer à payer. Tant de joies ici : une naissance, des anniversaires, des soirées, des nuits blanches de travail, des étés trop chauds, des hivers trop humides, des voisins trop bruyants…
Solitude des nuits à triturer trop de choses dans tous les sens, à faire des plans A, des plans B… des plans Z, nuits passées à faire face à mes angoisses les plus profondes, celles que personne ne connaît, ne suspecte ou ne partage, ou à évacuer ce putain de chagrin de ton absence qui ne tarit pas maman.
Solitude de n’avoir plus personne pour me dire que je fais les bons choix, ou les mauvais, avoir à décider seule et pour la pougne de ce que va être notre vie dans les années à venir, sans filet. Solitude physique tout simplement, manque d’entourage et quand je suis entourée solitude encore plus marquée par cet éternel décalage entre mes attentes envers les autres et leur attitude envers moi.
Tristesse enfin d’avoir bientôt à quitter S., cette femme qui m’a sauvé la vie plus d’une fois, sans forcément le savoir. Elle qui m’a appris à me respecter (un peu plus), à m’autoriser (un peu plus), à me libérer, à déculpabiliser (un peu). Il me semble aujourd’hui qu’en partant je vais me couper une jambe, que je vais vasciller et perdre l’équilibre pour de bon…
Ce soir j’ai un mal fou à croire que le meilleur est devant moi.