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Ce soir, nous étions, la pougne et moi, parties faire une petite virée à Monop pour acheter des assiettes transparentes et y essayer notre nouvelle peinture vitrail.

J’étais fatiguée, pour ne pas dire exténuée, lessivée, vannée, cuite, anéantie. Tu vois quoi [Contre toute attente, il a fait une chaleur estivale (après les 3 jours de pluie que nous venons de subir), nous sommes 11 dans le bureau avec 2 écrans chacun et il doit faire environ 43 degrés, mes pieds et chevilles on triplé de volume au point de me faire mal et j'ai dû une fois de plus demander à m'asseoir dans le métro... bref les joies d'un septième mois de grossesse bien entamé]

Bref, je me traînais lamentablement vers les caisses du rayon maquillage, un peu moins peuplées que les autres (oui en France une femme enceinte peut toujours rêver pour qu’on lui cède sa place à la caisse) et la pougne commençait à toucher à tout en montrant quelques signes d’impatience…

C’est alors qu’une très gentille vendeuse a surgi du comptoir Bourjois pour lui proposer une petite séance de maquillage (light). Ma pougne s’est laissé faire avec grand plaisir, feignant d’abord la timidité mais heureuse de se faire papouiller comme une femme. J’ai pu faire la queue tranquille, sans avoir à courir partout pour lui arracher les échantillons des mains et chercher où replacer quoi.

Au moment de payer, la pougne revient avec un gloss rose bonbon à paillettes, tout sourire (tu penses bien)… la vendeuse ne pouvait pas choisir mieux comme cadeau !

Merci donc à cette femme dont je ne connais pas le nom, qui bosse sans doute ce soir jusqu’à 22 heures alors qu’elle a des enfants (forcément) pour ranger le maquillage que les femmes et petites filles comme nous dérangent.

Merci en prime à la caissière qui, très discrètement puisque je ne l’ai découvert qu’à la maison, a glissé dans mes achats une grande poignée d’échantillons de crèmes pour jambes lourdes et d’écran total.

Décidément je suis heureuse d’être une femme.

Si de là où tu es tu me regardes alors tu as dû voir mon chagrin ce matin. A l’heure où chacun traînait des pieds pour passer le petit coup de fil traditionnel à sa maman, moi je pensais, comme chaque année, Eh bien moi je donnerais tout pour passer ce coup de fil et entendre ta voix au téléphone.

Je serais venue avec ma pougne t’apporter un bouquet ou une plante, ou peut-être autre chose cette année, un cadeau que nous aurions fabriqué à deux didoune et moi… Tu aurais été immensément fière de voir que ta petite-fille aime autant les travaux manuels que toi, et qu’elle est aussi créative. Tu aurais été fière de nous deux, et aussi de mon gros ventre…

Nous aurions discuté des joies d’être mère, j’aurais réclamé quelques anecdotes inédites sur mon enfance ou la tienne et didoune aurait écouté avec intérêt en faisant les remarques rigolotes dont elle a le secret.

Tu m’aurais fait quelques recommandations et quelques reproches déguisés aussi, reproches de partir m’installer aussi loin (mais serais-je partie si tu étais encore là ? non) tout en te réjouissant secrètement qu’autant de mes projets voient enfin le jour. Tu serais sans doute la seule à comprendre vraiment quelle énergie il a fallu déployer, quelles montages j’ai dû déplacer après tout ce que j’avais traversé sans vraiment avancer dans ma vie.

A un moment donné, tu aurais emmené la pougne dans le jardin pour gratouiller la terre avec toi et je vous aurais écouté discuter de loin. Je suis sûre que la pougne t’aurais demandé pourquoi tu humhummais comme ça sans chanter les paroles des chansons :) J’ai l’image de cette scène impossible gravée dans le coeur : toi accroupie en train de planter des ancolies et ma didoune accroupie à tes côtés qui papote sans fin;

Il faudra que je me contente de cette image pour la vie.
Il faudra que je plante la graine de cette image dans le coeur de didoune pour qu’elle ne t’oublie pas.

J’écris plus souvent quand ça va mal… l’être humain est ainsi fait qu’il aime passer plus de temps à se plaindre qu’à décrire son fugitif bonheur. Je passe donc par ici pour déposer mes fardeaux, mes angoisses. Comme personne ne peut/veut les partager ou les entendre, c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour passer à autre chose : laisser une trace et poursuivre.

Un état d’âme récurrent : une profonde tristesse, un chagrin devrais-je dire, nourri de l’indifférence systématique de ceux qui m’entourent pour ce que je suis et ce que je peux ressentir. Parfois il est accentué par la perte de confiance en moi qu’il entraîne : suis-je une si mauvaise personne que cela pour que personne ne prenne le temps de me connaître vraiment ?

Mon père ne m’appelle jamais. Ne prend jamais de nouvelles de sa petite-fille. Ne rend jamais service (quand toutefois j’avais encore le cran de lui en demander) ou alors en râlant tellement que je me sens comme une merde…

Mon père qui, à la mort de ma mère (lorsqu’il a fallu payer tant de droits de succession), puis plus tard, m’avait assuré que je pourrais lui emprunter de l’argent pour acheter une maison, “lorsque tu auras un projet immobilier précis” et parce qu’il ne faut rien laisser à ces salauds de banquier ou à l’état”. Aujourd’hui que j’ai un projet immobilier précis, il n’y a plus personne et il faut soudainement que j’aille le voir, mon banquier. Ce n’est pas comme si je ne m’en doutais pas remarque… Il s’est remarié, il a plein de projets, il a besoin de son argent; je comprends et c’est normal. C’est juste qu’il fallait me prévenir. C’est juste que maintenant cette belle maison est devenue inaccessible.

Mon père, encore, qui proteste à l’idée d’avoir à venir faire quelques travaux dans cette future nouvelle maison (si compromise maintenant) : “tu crois que parce que je suis à la retraite, je n’ai que ça à faire ?”, “c’est drôlement loin chez toi en plus”. Et D. qui pour piquer sa fierté fait jouer la concurrence “bah mon père sera content lui de venir nous filer un coup de main, il est à la retraite en septembre et il attend ça avec impatience”… si c’était pour provoquer un sursaut de fierté paternelle c’est raté : “eh ben tu vois, t’as déjà de la main d’oeuvre”. http://wordpress.org/download/
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Mon père qui a peur de ma pougne. Qui ne veut pas la garder en vacances… parce qu’elle non plus ne veut pas rester (on comprend pourquoi)

J’aurais pu partir en vacances la semaine prochaine en lui demandant de venir nourrir les chats, mais je vais plutôt prendre mes chats sous le bras et tout embarquer dans la twingo : ma pougne, deux chats, les bagages et D et moi. Moins pratique mais je ne demande plus rien c’est fini.

Et puis il y a D. le rêveur. L’irresponsable. Lui qui croit que la vie ne nous réserve que du bon, que les imprévus n’arrivent qu’aux autres (et qui se trouve si démuni lorsque le sort le frappe), qui achète une maison comme on joue au poker (tapis !), qui vit toujours sans filet, qui ne voit ni n’entend jamais mes larmes (ou fait semblant ?). Lui qui au plus fort d’une de nos tourmentes n’a su ni que dire ni que faire, à part me prendre la main. Lui dont les maladresses orales n’ont d’égale que son inertie.

Et aujourd’hui quoi ? Je m’apprête à tout laisser tomber, amis, boulot, pour un crédit de 25 ans avec un rêveur qui ne plannifie ni n’anticipe jamais rien. Je suis sur le point de quitter tout pour m’installer loin d’un ersatz de famille qui se fout royalement de moi. Quel pari.

Je parie sur ma pougne. Je parie sur son rire qui résonne dans le jardin d’une belle maison, sur ses après-midis au poney-club avec de nouvelles copines, sur nos goûters tous les jours ensemble quand je pourrai travailler de la maison, sur des grands-parents adoptifs mais qui l’aiment comme elle le mérite et qui seront moins loin, sur un bout de patrimoine qu’elle aura enfin, même si sa part est réduite, je me dis que c’est toujours mieux que le rien d’en ce moment.

Allez, haut les coeurs ! De toute façon personne d’autre ne se battra pour que ce rêve se réalise alors passons à autre chose.

45 minutes

On est lundi, et le lundi, j’ai “royalement” 3/4 d’heure de libres dans mon planning… D. va chercher la pougne à l’école en attendant son cours de guitare de 19h15.

Trois quarts d’heure de liberté par semaine… temps de transport compris ! Ce temps est sensé être du temps égoïste, du temps pour moi rien que pour moi, pour faire un hobbie. Pas pour travailler pour l’association, ni rester un peu plus tard au boulot.

Depuis que nous avons mis en place ce dispositif, voici la liste des choses que j’ai faites le lundi :

  • rester plus tard au boulot (en plus le mardi y’a publi)
  • aller chez le coiffeur (c’est le SEUL moment où je peux y aller sans stresser parce que la pougne s’impatiente à côté de moi)
  • faire 20 mn de queue chez Photoservice pour déposer des photos
  • passer au Virgin acheter un cadeau pour un anniversaire (lundi dernier)
  • passer une demi-heure à déposer les chèques de l’association à l’automate du Crédit Agricole (la banque n’est pas sur mon “chemin des autres jours”)
  • rentrer quasiment à la même heure que d’habitude, ne sachant pas quoi entammer en si peu de temps ou parce qu’il pleuvait des cordes et que je refusais d’échouer à lire dans un café en payant une conso hors de prix
  • Liste navrante. Pas un seul moment de plaisir égoïste. Encore moins de détente.
    Même aller chez le coiffeur tient davantage de la contrainte tant je n’ai le choix ni du lieu ni de l’horaire : il s’agit juste d’accomplir une tâche basique d’hygiène qui consiste non pas à se faire dorlotter mais simplement à ne pas avoir les cheveux trop longs.

    En 3/4 qu’ai-je le temps de faire pour moi ? J’abandonne.
    J’abandonne les rêves de leçon de piano (quand bien même aurais-je le temps je n’ai ni le piano, ni la place ni le budget pour en avoir un)
    J’abandonne mes utopies d’écriture : les 2 bibliothèques à côté du boulot ferment à 17h et je ne peux pas transporter mon ordinateur.
    J’abandonne toutes ces envies au fond de moi, tous ces projets qui requièrent un tant soit peu de temps et de constance.

    Ce soir j’ai le sentiment de m’abandonner moi-même.

    I’m trying to change my habits and become an early bird. Not that I get up late (I usually get up at 7:15), but I really enjoyed the last couple of times where I was able to rise at 6:00. Things I loved about this special moment:

  • the house is sooo quite (even the cats are still asleep)
  • the upstairs neighbors are not yet busy trying to have the ceiling collapse on us
  • the huge breakfast I have time to prepare
  • all the things I thought about before falling asleep are striking back, not yet crushed by the morning stress
  • the soft colors of day break
  • the moment I wake my daughter up… the cuddles, the love words, the waking sounds she makes
  • the uncrowded subway
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